Je viens de terminer la lecture du dernier livre d’Alain Badiou, écrivain et philosophe, professeur de philosophie à l’Ecole Normale Supérieure, De quoi Sarkozy est-il le nom ?
Je dois dire que les propos tenus par M. Badiou, rédigés dans un style clair et relativement accessible, m’ont beaucoup intéressé… En particulier le chapitre sur le courage.
Qu’est-ce que le courage ? demande Badiou. Vaste question à laquelle il propose une réponse qui m’apparaît comme remarquable : « D’abord, je vais lui conserver son statut de vertu. […] Je définis le courage comme la vertu qui se manifeste par l’endurance dans l’impossible. Il ne s’agit pas seulement de rencontrer l’impossible, de l’expérimenter. Car nous n’avons encore là que l’héroïsme, un moment d’héroïsme. Or, l’héroïsme est plus facile que le courage, au bout du compte. L’héroïsme, c’est quand on fait face à l’impossible. […] Le courage est distinct de l’héroïsme parce qu’il est une vertu, et non un moment ou une posture. Il est une vertu qui se construit. […] Le courage est la vertu d’endurance dans l’impossible. Le courage n’est pas le point, mais la tenue du point. Ce qui demande du courage est de se tenir dans une durée différente de la durée imposée par la loi du monde. La matière première du courage, c’est le temps. […] Le courage n’est jamais de recommencer comme avant. […] Le courage oriente localement dans la désorientation globale. »
Selon Badiou, faire preuve de courage c’est ne pas se décourager. Lui-même le fait remarquer, cela peut paraître un peu bêta que d’écrire cela ainsi, mais c’est souvent de la simplicité que jaillissent les grandes vérités.
Aujourd’hui, beaucoup d’entre nous, entre autres sous les assauts répétés et agressifs de Nicolas Sarkozy et de la politique qu’il mène avec les représentants de son parti, sont désorientés. « Au comble de la capitulation et de la servitude consentie, on (Nicolas Sarkozy) parle de redressement moral et d’avenir régénéré. Pour trouver plus désorientant, il faut se lever de bonne heure. » écrit le philosophe à la page 106 de son ouvrage.
De plus, il résume à la perfection toute l’horreur contenue dans les propos du candidat à la Présidence de la République, propos que ce dernier, aujourd’hui Président, ne cesse de décliner à toutes les sauces, aussi écoeurantes les unes que les autres : « Rupture, profondes réformes, mouvement aussi incessant que celui des moustiques : Sarkozy annonce qu’il va surmonter la crise morale de la France, il va la remettre au travail. C’est quand même formidable de dire aux gens, dans l’état où ils sont, et du haut du costume trois-pièces du Maire de Neuilly (NDLA, CB : aujourd’hui Président de la République) : « Je vais vous remettre au travail, moi ! ». On dirait une bourgeoise du XIXème siècle s’adressant à sa bonne. »
Face à cela, il est clair que nous devons, tous autant que nous sommes, faire preuve de courage ; nous devons tenir un point, choisi par nous, et garder le regard pointé sur lui, quoiqu’il advienne. Badiou a raison lorsqu’il écrit que « le courage oriente localement dans la désorientation globale » et cela me fait penser à la phrase de Gandhi que j’avais mise en exergue de l’un des derniers numéros de l’Accent Catalan : « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde »…
Etre courageux ne demande aucune disposition physique particulière ; cela demande, même si ce n’est pas aisé, de la concentration, de la confiance et de la continuité.