Aucun Président de la République Française avant lui n’avait osé une telle célébration des religions. Lors d’un entretien accordé depuis l’Elysée à TF1 et France2, il lui avait été demandé comment il faisait pour garder le rythme de son « hyper-Présidence »… « Grâce à Dieu ! », avait-il répondu dans un large sourire.
Le « raisonnement » guaino-sarkozien joue de la confusion – qui peut exister dans certains esprits – donnant naissance à l’idée que la Laïcité serait un dispositif antireligieux. C’est faux ! Le principe de Laïcité exprime ce qui est de l’Etat (et de ses Institutions) tout en disant que le lien religieux n’est pas nécessaire au lien politique qui fonde la cité, en conséquence, il impose un devoir d’abstention à la puissance publique dans le domaine de croyances et d’incroyances. Promouvoir les religions au statut d’interlocuteurs politiques, c’est ouvrir la porte au communautarisme. On sait ce que ce genre d’attitude a donné à Perpignan lors des émeutes de mai 2005…
En 2004, alors qu’il était Ministre de l’Intérieur (!), Nicolas Sarkozy avait publié un livre s’intitulant, La République, les religions, l’espérance (tout un programme !) dans lequel il y exposait un certain nombre d’idées « curieuses » au regard du Principe de Laïcité et parfois contradictoires avec sa volonté de respecter les religions. Ainsi, sa proposition de convertir « … les églises de campagne en salles communales, en salles de concert » quand elles sont peu utilisées, s’inscrit en paradoxe du reste de son discours, d’hier comme d’aujourd’hui.
La Laïcité n’est, en aucune façon, ignorer – pire, nier - les religions et la place qu’elles occupent au sein de notre Culture, il s’agit, en revanche, de garder bien distinctes les sphères de la politique et de la Religion. Rappelons-nous Jean Jaurès qui, au lendemain de la loi de 1905 assurait que « les citoyens ont le droit de croire ou de ne pas croire, de prier ou de ne pas prier, de pratiquer ou de ne pas pratiquer. »
Pour ma part, alors que chacun connaît mon engagement pour la Laïcité dans notre société, je suis le premier à avoir créé un centre public de conservation et de restauration du patrimoine - essentiellement religieux - sur notre territoire. J’éprouve un profond respect pour la foi, quelque soit la religion dans laquelle elle s’exprime et penser – ou laisser penser – que la Laïcité se dresse contre cette tolérance là est une grave et dangereuse erreur.
La réussite laïque se constate en trois points :
- les religions sont protégées contre l’Etat et vice-versa (si je puis écrire !) et il y a égalité morale entre les croyants et les incroyants,
- Le régime de laïcité est incompatible avec toute forme de communautarisme,
- La laïcité ouvre un espace civique et critique commun, elle conduit chacun de faire un pas au-delà de son origine, de faire un effort pour ne pas être réduit à son appartenance préalable à laquelle, dans le même temps, personne ne lui demande de renoncer.
J’en viens à me demander dans quelle mesure Nicolas Sarkozy, sous prétexte de reconnaître le rôle social du fait religieux ne chercherait-il pas à vouloir l’organiser voire le contrôler ? Nous connaissons toutes et tous son admiration sans bornes pour les Etats-Unis où les candidats affichent, la plupart du temps clairement, leurs convictions religieuses, mais, n’en déplaise à l’actuel Président de notre pays, la France n’est pas l’Amérique du Nord !!
Ceci étant écrit, et bien qu’il faille veiller à ce que la Laïcité reste un des piliers forts de notre République, il reste tout aussi capital de ne pas laisser le Président Sarkozy nous détourner d’autres luttes à mener contre sa politique. Oui, car il apparaît que sa façon ostentatoire (c’est sa marque de fabrique, nous le savons aujourd’hui plus que jamais !) de malmener la Laïcité est, entre autres, une façon de permettre la mise en place, ni vues ni connues, des réformes ignoblement libérales qui ont, et auront, des répercutions catastrophiques pour la grande majorité des français.
Nicolas Sarkozy est passé maître dans l’art du trompe-l’œil… C’est pourquoi nous devons redoubler de vigilance et, sans rien lâcher à propos de ce que doit rester la Laïcité dans notre pays, nous devons poursuivre nos actions contre tout ce qui porte atteinte, dans sa politique, à la solidarité, à l’égalité, à la liberté et à la fraternité.