Les abeilles ne se portent pas très bien depuis plusieurs années et l’une des causes de leur mal-être pourrait bien être la malnutrition ! Bien évidemment, ce n’est pas le seul facteur de l’affaiblissement des apidés : virus, parasites, pesticides, habitat morcelé, changement climatique, autant d’explications à cela. Cependant, comme le relate un excellent article du journal Libération (édition du 10 juin dernier), l’hypothèse de la malnutrition – émise en sourdine depuis une quinzaine d’années – arrive sur le devant de la scène.
Cette théorie repose sur un constat : la France ne manque certes pas de pâturages, de prairies et de forêts, en revanche, elle présente de nombreux espaces de monoculture où les pantes fleurissent par pics, laissant ensuite des hectares entiers sans aucune fleur. Par voie de conséquence, les abeilles se retrouvent en disette. Ces dernières ont besoin de sucre, elles ont également besoin de pollen, celui-ci est difficilement remplaçable et il est indispensable afin de nourrir les couvains et la reine de la ruche. Sans lui, la colonie s’affaiblit et devient beaucoup plus vulnérable.
Des apiculteurs expérimentent l’ensemencement de « jachères apicoles » avec des espèces intéressantes pour les abeilles, elles sont aujourd’hui au nombre d’un millier dans notre pays. Ils travaillent également à sensibiliser les agriculteurs au fait que 35% de leur production est tributaire du travail de pollinisation des abeilles. « Des mélanges spécifiques plantés, aux abords d’une parcelle agricole, vont attirer certaines familles d’insectes, puis les rongeurs ou les oiseaux qui s’en nourrissent. Cette biodiversité peut être utile aux agriculteurs. Chacun sait que les coccinelles favorisent la réduction de l’emploi de pesticides puisqu’elles s’alimentent des pucerons nuisibles aux récoltes. »
En Suisse, les agriculteurs sont subventionnés pour planter des mélanges de fleurs sauvages ; en Angleterre, le gouvernement encourage aussi ce genre d’initiative... Espérons que la France entre elle aussi dans cette synergie-là afin de trouver rapidement une solution efficace à la préservation de ces dames en habit noir et jaune dont l’immense utilité n’est plus à démontrer.