Vendredi dernier, j’ai eu l’honneur d’ouvrir le colloque « Résilience et transmission des traumatismes de guerre », organisé par le Conseil Général dans le cadre des actions de préfiguration du Musée Mémorial du camp de Rivesaltes
Qu’est-ce que la Résilience ? En quelques mots, ce terme vient du domaine de la physique, et désigne la caractéristique mécanique qui définit la capacité d’un matériau à non seulement résister aux chocs qu’il reçoit, mais aussi sa capacité à reprendre sa forme initiale. Depuis 1984, il est utilisé en psychologie pour définir la faculté d’un individu à surmonter un traumatisme ; Boris Cyrulnik a permis de vulgariser ce terme à travers ses ouvrages et recherches.
Dans la grande salle du Palais des Rois de Majorque, lieu prestigieux et chargé d’histoire lui aussi, bien qu’elle n’ait que peu de point commun avec celle du camp de Rivesaltes, j’ai tenu à rappeler brièvement la genèse du projet de ce Musée Mémorial et à quel point, avant même qu’il ne soit construit, il est déjà un formidable vecteur de compréhension historique puisqu’il est le point de convergence de différentes mémoires, de toutes les mémoires, autour de la notion du devoir d’histoire.
Ce projet est animé d’une véritable ambition pédagogique, culturelle et scientifique. Il n’a de cesse de prendre de l’ampleur, certes localement, mais aussi à l’échelle nationale et internationale comme l’attestent les nombreux partenariats en cours. Mon seul regret, presque un sentiment d’échec, c’est que l’Etat français ne s’est toujours pas décidé à participer, entre autres financièrement, à l’édification du Musée Mémorial…
Chaque famille de notre territoire a pu être concernée par l’existence du camp et l’écho de cette période est encore présent dans le département. Comme l’a rappelé très justement Denis Peschanski, « ce Musée mémorial n’est pas là pour stigmatiser ou juger une population, il a été conçu pour conduire vers la compréhension, pour faire comprendre une histoire complexe. »
Oui, c’est ce qu’il y a de passionnant dans ce projet, et à travers ce colloque en particulier, c’est de pouvoir accéder à une histoire vivante faite des mémoires - individuelles, collectives ou familiales. Nous savons aujourd’hui que ces souffrances ne s’arrêtent pas aux personnes qui les ont vécues, elles se transmettent souvent de génération en génération. Le thème de la résilience – développé par Boris Cyrulnik - permet de mêler toutes les expériences, de sortir des clivages communautaires ou historiques pour disons, un peu d’humanité partagée.
Principaux intervenants :
Boris Cyrulnik : Né à Bordeaux en 1937, parent juifs russo-polonais – père et mère déportés. 1942 : il est seul, raflé par Maurice Papon, il échappe de peu à la déportation grâce à la complicité d’une infirmière.
Ethologue (observation scientifique des comportements de l’animal dans son milieu naturel), neurologue, médecin psychiatre, psychanalyste et véritable vulgarisateur scientifique, il scrute l’âme humaine depuis plus de 50 ans. Sa pratique repose sur le croisement de plusieurs disciplines.
Il est connu du grand public pour ses recherches sur la résilience et la mécanique du bonheur.
Ouvrages importants : Les Vilains petits canards – Parler d'amour au bord du gouffre.
Denis Peschanski : Président du conseil Scientifique du Musée Mémorial Camp de Rivesaltes, Directeur Scientifique, chercheur au CNRS, spécialiste de l'internement en France de 1938 à 1946.
Henri Parens : à 12 ans, il s’est évadé du camp de Rivesaltes. Éminent pédopsychiatre aux USA, peu connu en France, sa venue est un événement et son livre de témoignage va bientôt être traduit en français.