La crise ayant éclaté à la face du monde ces dernières semaines a mis en évidence plusieurs disfonctionnements dont un sur lequel je voudrais m’attarder ici. Contrairement à ce que l’on ne cesse de vouloir nous faire croire, l’Europe n’est en aucune manière immunisée contre le krach d’outre-atlantique. D’abord parce que la mondialisation est à l’œuvre ; ensuite parce que l’argent fou exerce aussi son emprise sur notre continent et enfin par l’Union Européenne ne dispose malheureusement pas de la même puissance de réaction que le gouvernement américain. Et c’est bien là tout le paradoxe européen qui bénéficie d’une situation certes plus saine, mais avec des moyens plus limités pour agir.
On constate donc qu’en Europe il n’y a toujours pas de véritable pilotage économique commun, ni de faculté pour l’Union Européenne d’emprunter elle-même, ni de lien très étroit entre responsables politiques et Banque centrale européenne (la BCE), ni d’autorité commune de régulation. C’est bien regrettable car c’est justement de cela dont nous aurions besoin…
Dans ce contexte, pour agir à l’échelle de l’Europe, nous pouvons nous coordonner le mieux possible entre gouvernements nationaux et avec la BCE, qui devrait baisser ses taux et proposer également que l’UE agisse pour muscler la croissance, ce qui s’avère aujourd’hui plus qu’indispensable ! Et là, Nicolas Sarkozy, Président de la République française, n’a rien trouvé de mieux que d’avoir cette idée déplacée, il y a trois semaines, de réunir seuls 4 des 27 pays de l’UE dont il assure tout de même la Présidence depuis le 1er juillet dernier. Bel exemple de mépris à la sauce libérale ! D’ailleurs, il a été obligé de réparer vite fait cette bourde en recevant personnellement Zappatero quelques jours après puis en organisant, à nouveau, un sommet à 27 dans le but de diluer les effets négatifs de cette indélicatesse.
L’Europe, même avec ses manques, est la seule à être à la mesure de cette crise du système et elle n’a vraiment pas besoin que l’on s’agite nerveusement au sommet de l’Etat, de préférence sous l’objectif des caméras. C’est de responsables sérieux qui diagnostiquent juste et agissent fort dont notre continent et les pays qui le composent ont besoin.