Bernard Galtié m'a fait parvenir il y a quelques semaines ces cinq textes suivants écrits de sa plume. Bonne lecture à vous et merci à lui.
Pauvre Robespierre !!
« Comme Le Curé de Cucugnan d'Alphonse Daudet, j'ai fait un rêve. Par quelque merveilleux sortilège, maximilien de Robespierre, le noble révolutionnaire, « le coupeur de têtes » implacable adepte de la guillotine, « l'incorruptible » jugeant impossible et inacceptable une démocratie sans Vertu, allait ressusciter...
J'imaginais quelle serait sa surprise en s'apercevant que les « privilèges » dont il avait fait voter « l'abolition » étaient plus vivaces et plus présents que jamais dans notre société déboussolée. Il enragerait sans doute et serait prêt aux pires extrémités en constatant que cette Injustice - qu'il avait si férocement combattue – existait encore plus forte qu'elle ne l'avait été à la veille de la Révolution française de 1789. Comment était-il encore possible, penserait-il, que de nombreux êtres humains – surtout des enfants – meurent de faim et de froid, dans la misère et le plus complet dénuement, qu'ils vivent comme des rats dans des dépôts d'immondices alors que, par ailleurs, d'autres ont un train de vie somptuaire où le gaspillage est roi. Comment pourrait-il admettre sans broncher cette inégalité croissante entre des hommes pourtant nés « libres et égaux en Droits », permettant que certains aient à leur disposition des fortunes colossales équivalent, pour d'autres, à des centaines voire des milliers d'années d'un labeur acharné souvent peu rétribué ?
Cependant, je crois savoir ce qui le révolterait le plus... Ce serait de constater, à sa grande surprise, que les nouveaux « Pères du Peuple », ces « Pères de la Nation », si chers à ses yeux, soient les premiers à profiter d'énormes privilèges allant d'indemnités trop élevées et immérités à une justice spéciale, pas celle du peuple, évidemment. Et, plus grave encore, qu'ils ne donnent pas l'exemple de la Vertu si recherchée en 1789, eux qui se complaisent à vivre dans les ors et le faste de l'Ancien Régime. Pourrait-il rester longtemps impassible devant un tel constat allant à l'encontre de ses convictions les plus profondes ? Sûrement pas, au point d'essayer certainement de rameuter les gens autour de lui, de tenter de les soulever contre un tel état de faits en utilisant ses talents d'orateur si redoutés par ses ennemis, mais faisant ainsi « du tapage sur la voie publique » jusqu'à entendre crier par un représentant de « l'ordre établi » : « Embastillez-moi ce trublion ! » Pauvre Robespierre, lui qui croyait, ingénument, que la Bastille avait été prise le 14 juillet 1789 !!!
À propos de la crise financière : l'incompréhension d'un citoyen de base.
Depuis des années, tous les secteurs de l'économie française sont touchés par « la crise »... Cette situation frappe, bien entendu, plus durement les plus faibles socialement, ceux situés en haut de l'échelle sociale tirant toujours leur épingle du jeu et s'enrichissant grâce à une spéculation effrénée. Pourtant, les gouvernements successifs ont expliqué sèchement aux français qu'ils devaient s'adapter à une mondialisation inéluctable et au seul système économique trouvant grâce à leurs yeux, c'est à dire au « Libéralisme » dont les caractéristiques essentielles sont l'enrichissement de quelques uns et l'indépendance vis à vis de l'Etat... les Etats-unis en sont l'exemple type.
Haro donc sur le Service Public et sur les fonctionnaires, et s'affirmer anti-libéral était synonyme d'ineptie. Cependant, ce système libéral s'est écroulé comme un château de cartes, c'est bien de cela dont il s'agit aujourd'hui. Immédiatement, tous les financiers spéculateurs, qui se sont pourtant grassement enrichis ces derniers temps grâce au libéralisme général, ont appelé, sans honte aucune, l'Etat à leur secours pour sauver, soi-disant, les épargnants français et l'Economie française toute entière !
Et alors, miracle ! Ce même Etat qui était resté sourd aux prières des vrais travailleurs, constituant la vraie Economie de notre pays se greffant sur un tissu social humain et actif (chefs d'entreprises et ouvriers, agriculteurs, pêcheurs, camionneurs, restaurateurs, médecins, fonctionnaires... liste non exhaustive), a aussitôt volé de toutes ses ailes au secours de cette « Economie virtuelle », financière, boursière et, en même temps, inhumaine, sous le fallacieux prétexte de sauver la France et les français !!!! Mais, plus encore, ce qui est extrêmement choquant dans cette attitude, c'est que ce sont les mêmes dirigeants politiques qui, il y a peu encore, affirmaient tristement, la larme à l'oeil, que notre pays était ruiné et qu'il fallait que les français le comprennent, et qu'ils soient prêts à faire des sacrifices. Dans la foulée, ils disaient sans sourciller ne rien pouvoir faire pour le Service Public en général et pour la Sécurité Sociale en particulier... sans parler de l'Education Nationale, de La Poste, etc...
Ils justifiaient ainsi les coupes sombres faites dans les rangs des fonctionnaires en même temps que les fermetures et les délocalisations d'entreprises pourtant performantes et florissantes. Alors, comment expliquer que ces mêmes gouvernants aient sorti, par un coup de baguette magique, de leur chapeaux de prestidigitateurs une somme colossale pour la France : 360 milliards d'euros, garantis par l'Etat, c'est à dire par les citoyens français, empruntés par notre pays, mais qui ne seront pas – nous dit-on – utilisés en totalité.
Il est cependant pour le moins étonnant de constater qu'une telle possibilité existait et qu'elle n'ait pas été déjà utilisée pour sauver notre Economie ?!?!
Enfin, l'Europe toute entière et la Banque Centrale Européenne, d'habitude très strictes à propos des critères de Maastricht (dont ils font fait fi dans le cas présent) vont aussi consacrer près de 170 milliards d'euros au sauvetage des banques...
De toute façon, et quoiqu'il advienne, cette crise financière devrait ouvrir définitivement les yeux des citoyens à propos du Libéralisme présenté comme la panacée économique ainsi qu'à propos de nos dirigeants politiques privilégiant, pour la plupart, « l'argent roi » au détriment de l'Homme et du Citoyen.
A propos de la Constitution Européenne : la grande « charlotade » ou un simulacre de démocratie.
Combien de fois faudra-t-il que les citoyens européens se prononcent à propos d'un projet de Constitution Européenne dont la copie conforme, même simplifiée, a été remise sur le tapis sous le nom de « Traité de Lisbonne » ? A croire que nos dirigeants ne s'intéressent qu'au volet politique de celle-ci en délaissant le côté social, pourtant primordial pour les Nations.
En premier lieu, il eût été normal qu'une décision aussi importante soit, dès son origine, soumise au vote de tous les peuples constituant la Communauté Européenne par la voie référendaire la plus démocratique, n'en déplaise à certains petits dictateurs jugeant « le peuple souverain » - de par la Constitution de 1789 - trop bête (vulgum pecus : le troupeau sans cervelle) pour se prononcer sur un sujet aussi important et affirmant la chose toute à fait impossible parce que certains pays, dont l'Allemagne, ont une Constitution ignorant le référendum.
En second lieu, une telle consultation populaire aurait du être fixée à la même date pour tous les pays, le résultat du vote étant donné en même temps. Une telle façon de faire aurait, sans conteste, respecté un vrai processus démocratique et il n'y aurait eu, ce faisant, aucune possibilité de manoeuvres suspectes.
Au contraire, chaque nation a été amenée à se prononcer successivement, à tel point que la Grande-Bretagne a reporté d'abord sa décision et, qui plus est selon des procédés aussi différents pour ne pas dire opposés, que le sont le référendum populaire ou la décision parlementaire. Pire encore, les français ayant manifesté majoritairement leur refus dans un référendum très démocratique – comme d'ailleurs les Pays-bas et l'Irlande – se sont vus imposer par la réunion du Congrès (Assemblée Nationale et Sénat) une Constitution dont ils ne voulaient même pas sous la forme soi-disant « mini traité » : Le Traité de Lisbonne.
Pour certains, ce doit être là l'expression de la démocratie !?!
Un tel résultat négatif aurait du arrêter le processus de mise en place de ce projet constitutionnel puisqu'il était prévu au départ qu'un seul refus d'un seul pays membre entraînerait l'abandon définitif dudit projet. Au lieu de cela, nos dirigeants européens, se disant pourtant démocrates, le remettent encore sur le tapis, considérant le résultat du référendum irlandais comme l'incompréhension d'un peuple ignare dont il ne faut en aucun cas tenir compte !
Encore une fois, est-cela la démocratie ?
C'est grave car l'oligarchie européenne toute puissante, élite auto-proclamée, se trompe lourdement quand elle imagine pouvoir encore longtemps mépriser les citoyens européens en ne tenant aucun compte de leurs avis et de leurs besoins.
En agissant ainsi, elle va au-devant de graves problèmes, risquant d'anéantir le projet d'une vraie communauté européenne, sociale et humaine.
À la manière de Coluche, le comique au grand coeur : Putain, qu'ils sont intelligents !
Vous savez qu'il y a une crise financière ? C'est sans doute pour cela que mon banquier m'a impérativement demandé de passer le voir. Pourquoi souriez-vous ? Vous le connaissez mon banquier ? C'est un type bien, toujours tiré à quatre épingles, costume cravate, la classe quoi ! Je croyais que c'était pour me remercier de l'avoir sorti de la merde car nous avons, vous comme moi, prêté aux banques deux milliards d'euros... « virtuels » bien entendu parce que où les aurions-nous trouvés ?
Comme je suis con, mais oui, et ne riez pas, vous l'êtes tout autant que moi : je n'ai toujours pas compris la différence entre l'argent « virtuel » et l'argent « réel ». C'est pourtant facile à comprendre ! Eux, avec cet argent « virtuel », ils peuvent faire des affaires. Essayez, vous, d'en faire autant en allant acheter une voiture – par exemple – avec de l'argent « virtuel »... Eux, ils peuvent... c'est normal, car eux, ils sont intelligents !
Donc, mon directeur de banque, « un ami près de chez moi », m'a reproché, avec véhémence, de vivre sur un grand pied. Putain ! Il est vrai que je chausse du 45, mais je ne vois pas en quoi cela peut l'intéresser ? Mais moi, c'est normal, je vous l'ai dit, je suis con...
Il m'a dit, d'un air supérieur, que je ne savais pas gérer comme la plupart des français, que j'avais un découvert « énorme » de quelques centaines d'euros, que je ne devais pas avoir la folie des grandeurs, moi qui ai acheté en prévision des fêtes de fin d'année, une bouteille de champagne, 500 grammes de foie gras et trois douzaines d'huîtres, plus quelques petits cadeaux pour mes enfants et petits-enfants. Etre pauvre n'empêche pas d'avoir des sentiments. Cela, c'est moi qui le dis, pas lui. Il a ajouté d'un ton solennel et plein de reproches : « Monsieur, pendant la dernière guerre, nos grands-parents et nos parents mangeaient topinambours et mortadelle accompagnés d'une tranche de pain noir et d'un verre d'eau, et ils n'en sont pas morts. Alors faites de même ! » Comme il est intelligent mon banquier et comme il est de bon conseil... Putain ! Pourtant, j'ai lu sur un journal – mais il ne devait pas être digne de foi – que la dernière perte enregistrée par les banques s'élevait à 50 milliards de dollars ! J'ai du encore me tromper, mais ne riez pas vous autres car vous êtes tous aussi cons que moi.
Avez-vous essayé d'imaginer une pareille somme ? C'est comme si vous essayiez d'imaginer l'Eternité. Votre tête éclate, mais la leur non. Eux en sont capables, comme ils sont capables de nous expliquer calmement que ces pertes sont « virtuelles » (et oui, encore !), qu'elles ne sont pas dues à une mauvaise gestion – vous n'y songez pas, un banquier ne peut pas mal gérer – mais à des prises de risque nécessaires (plus facile avec l'argent des autres) aux résultats imprévisibles, soumis à la conjoncture mondiale et dont ils ne sont aucunement responsables. Qu'ils sont intelligents ! Et que je suis, que nous sommes cons !
Plus fort encore, le grand directeur d'une très importante banque étrangère (je vous rassure au salaire déjà très très élevé) a été récompensé d'une prime de plus d'un million d'euro. Devinez pourquoi ? Je vous le donne en mille : tout simplement pour avoir mené l'entreprise à la faillite ! Il fallait le faire ! Mais lui, contrairement à nous, il est intelligent !
Ce sont les mêmes, pas seulement les banquiers, mais tous ceux appartenant à notre élite « autoproclamée », intello-politico-économico-artistique qui ont réservé, malgré la crise, leurs tables dans les plus grands restaurants où une seule bouteille de grand crû équivaut au salaire mensuel d'un smicard. Ce sont toujours les mêmes qui font – ou qui reçoivent – en ces périodes de fêtes heureuse pour eux, ces cadeaux somptuaires représentants des mois et parfois même des années de travail, des années d'un dur labeur pour la plupart des citoyens. Qu'ils sont intelligents ! Merde aux pauvres !
Ce sont toujours eux qui affirment sans sourciller que la maladie est, la plupart du temps, d'ordre psychologique et d'origine nerveuse, que nous abusons, nous les français, des médicaments. Tellement je suis bête qu'il ne m'est jamais venu à l'esprit que le sida ou le cancer pouvaient être des maladies quasi imaginaires, mais eux oui car ils sont spécialement intelligents. Ils ont ainsi trouvé le remède miracle propre à combler le trou de la Sécu : il ne faut pas être malade ou il faut aller à Lourdes !
De même, il ne faut pas, on ne doit pas vieillir. Travailler jusqu'à 80 ans et plus, c'est la santé ! Henri Salvador l'avait chanté, avec humour lui, il y a déjà bien longtemps.
Mais alors me direz-vous, les jeunes n'auront plus de travail ? C'est parce que vous n'êtes pas intelligents. Eux vous répondront que les jeunes, avec bac + n, c'est bien connu, ne veulent pas travailler et qu'avec l'argent de la retraite économisé par le travail des aînés on pourra leur payer le chômage ou le RMI... Quelle chance ils ont !
Vous voyez, ils ont réponse à tout, eux, parce qu'ils sont intelligents. Vous verrez qu'un jour ils vont nous interdire de mourir. Ils en sont capables. C'est pas comme nous qui sommes cons, par nature. Pourtant, la Noël arrivant, je crois avoir eu une illumination, je crois qu'un rayon d'intelligence m'a soudain éclairé. C'est sûrement un miracle car je suis désormais sûr, mais absolument sûr, qu'ils nous prennent vraiment pour des cons.
Joyeux Noël et bonne année 2009 quand même, avec le souvenir de Coluche.
L'échec du libéralisme.
A part certains fanatiques se refusant obstinément, quoiqu'il advienne, à admettre l'évidence, force est de constater l'échec du libéralisme comme a a été objectivement admis par la plupart l'échec de l'étatisme symbolisé par le totalitarisme soviétique.
En effet, le libéralisme, doctrine économique destinée, au départ, à favoriser la libre entreprise, et donc une certaine concurrence favorable au consommateur et à l'économie réelle, s'est transformé, progressivement, avec la mondialisation, en accords financiers entre sociétés multinationales aux actionnaires avides de bénéfices de plus en plus importants, fixant arbitrairement les prix et les fluctuations des marchés au détriment d'une vraie concurrence et donc des citoyens consommateurs.
Cette démarche a été permise, il faut le reconnaître, par les divers gouvernements trop contents de prendre au passage « leur part du gâteau » sous forme de taxes et d'impôts divers. Mais ce libéralisme abusif ayant permis des dérives financières énormes car incontrôlables et incontrôlées a abouti à la crise financière mondiale que l'on connaît actuellement bien que cela ne soit pas encore reconnu par les plus grands dirigeants politiques et économiques de notre planète considérant comme une « grossièreté » le fait même d'oser le suggérer...
Cette crise financière sera, n'en doutons pas, suivie d'une crise économique plus grave encore si des mesures appropriées et efficaces ne sont pas prises rapidement. En effet, sauver les banques qui se sont enrichies pendant des années aux dépends des citoyens les plus défavorisés de la société ne semble pas être la mesure la plus exemplaire propre à relancer l'économie réelle. Nos grands experts es-économie – qui se sont toujours trompés jusqu'à présent – n'ont-ils pas encore compris que seule une relance de la consommation par l'augmentation du pouvoir d'achat, donc des salaires, accompagnée d'une baisse de la TVA, est la seule susceptible de relancer une économie moribonde par leur faute, leur égoïsme et leur incompétence ? Cette mesure ne peut, bien entendu, avoir une chance de succès que par le maintien de l'impôt sur le revenu nécessaire solidarité nationale, mais perçu au pourcentage des ressources de chaque citoyen, sans aucune exonération injustifiée possible.
Si nos dirigeants politiques, toutes tendances confondues, n'oeuvrent pas dans ce sens, nos sociétés vont fatalement au devant de troubles extrêmement graves et de grands bouleversements car, sans être un devin de mauvais augure, force est de constater que de tous temps, la misère et l'injustice ont été les catalyseurs de réactions violentes.
Bien évidemment, pour sauver notre économie, il faut de l'argent, beaucoup d'argent, mais nous avons vu, dans un passé très récent, qu'il est possible d'en trouver quand on le veut vraiment.